Je plantai mon couteau dans le corps devant moi et commençai l’incantation. Les symboles taillés dans la lame en pierre noire se mirent à briller d’une lueur bleutée, de même que ceux tracés dans la terre autour de nous. Je rejetai la tête en arrière tandis que le reflet illuminait les tatouages sur ma main, puis mon bras, alors que j’appelai l’énergie de la nature à moi.
En plein milieu de la forêt comme je l’étais, elle semblait inépuisable et infinie. Je la laissai m’envahir, me remplir, jusqu’à ce qu’elle ne déborde. Alors j’ouvris mes yeux à présent entièrement blancs sur la nuit sans vraiment la voir. Quelque chose me percuta brutalement avant de rejoindre le cadavre qui était parcouru de violents soubresauts.
Je retirai la lame tout en reprenant mon souffle, et le pouvoir s’estompât lentement pour regagner la terre, au même rythme que les battements de mon cœur ralentissaient et que l’éclat de mes tatouages refluait. Quand mon regard se porta à nouveau sur le corps, ses yeux étaient ouverts et brillaient d’une lueur bleutée.
Le chat sauta sur ses pattes et regarda la forêt qui nous entourait avant de reporter son attention sur moi.
— Intéressant.
D’un bond, je me retrouvai sur mes pieds quelques mètres plus loin, mon épée à la main et pointée sur l’animal.
— Doucement avec ça, tu risques de blesser quelqu’un. Pas moi parce que je suis un démon supérieur mais-
— Un démon supérieur ?
— Tu ne sais pas ce que tu invoques ?
— Je sais parfaitement ce que j’invoque. Et ce n’est en aucun cas un démon supérieur.
— Bon, d’accord ! C’est moi qui me suis glissé dans ton pouvoir. Mais un chat, vraiment ?
Je ne sais même pas pourquoi j’avais ramassé ce félin mort sur le bord du chemin. Peut-être parce que c’était le plus grand chat que j’ai vu jusque-là, et que sa robe argentée singulière avait attirée mon regard… L’une de ses pattes avant laissait entrevoir la chair et parfois même un morceau d’os, de même que le côté droit de sa mâchoire, ajoutant à son charme. À présent, il regardait les créatures massées derrière lui.
— He bien, quelqu’un nous créer une petite armée à ce que je vois.
— Tu es capable de retourner en enfer tout seul ou je vais devoir t’y remettre ?
— Je comptais m’attarder un peu ici…
— Pourquoi ?
— Je m’ennuie en enfer ! Et j’ai l’impression que quelque chose de palpitant est en train de se préparer.
Je rengainai mon épée et me rapprochai du chat.
— Tu as un nom ?
— Astaroth, dit-il en se redressant.
— Très bien Astaroth. Je te garde avec moi quelque temps mais à la moindre incartade, c’est retour en enfer.
Il me suivit tandis que je marchai jusqu’aux créatures.
— Pourquoi cette armée ?
Il était déjà des plus étrange de parler à un chat et qu’en plus il réponde sans même ouvrir la bouche.
— Un roi me le demande. Un seigneur Géant est devenu fou et nous devons l’arrêter avant qu’il ne fasse plus de dégâts.
— Une armée démoniaque pour combattre un Géant. Original.
Il regarda les créatures quelques secondes.
— Je pensais ton espèce disparue.
— Nous n’avons pas disparu, nous sommes simplement très peu nombreux.
— Et solitaire. Et Asocial.
Je lui montrai les tatouages qui recouvraient ma main et mon bras droit, puis lui désignai mon cheval, dans un état de décomposition plus avancé que lui.
— Difficile de s’intégrer à la société avec ce genre de particularités. Mais la solitude me convient parfaitement. Je préfère la compagnie des humains morts plutôt que vifs.
— Sur ce point-là, je suis entièrement d’accord avec toi, Forgeresse démoniaque.