Panique à bord

J’étais en train de ruminer, comme d’habitude, quand Isabelle vint vers moi en courant, complètement affolée et apeurée. 

— Vite ! Il est de retour, dépêche toi !

Je m’empressai de la suivre, et nous rejoignîmes les autres, qui étaient tout autant bouleversées que mon amie. Même Lucrèce, d’ordinaire d’un calme olympien, s’agitait en tout sens. C’était à ne rien y comprendre.

— A quoi rime toute cette agitation ? demandai-je finalement.

— Mais c’est lui ! Il est revenu ! me répondit Isabelle.

— Mais qui lui ?

— Elle est nouvelle, elle ne comprend pas ! s’égosilla Octavia, les yeux exorbités.

— Il faut que nous fassions front ensemble, les tempéra Bénédicte. J’ai imaginée un plan parfait qui- 

Mais nous la dépassâmes pour nous mettre à l’abri sous un gros rocher. Si j’avais bien compris quelque chose sur Bénédicte depuis les  quelques jours que j’étais ici, c’était qu’elle passait son temps à bâtir des châteaux en Espagne, élaborant des plans tous plus irréalisables les uns que les autres. Comme quand elle nous racontait ce qu’elle ferait avec Marcus quand il l’aurait choisi. Mais nous savions toutes que c’était un coureur de jupon et qu’il ne fallait pas espérer qu’il choisisse une seule d’entre nous.

— Le voilà ! hurla soudain quelqu’un. C’est le cerf-volant !

Toutes crièrent en se serrant les unes contre les autres. Curieuse, je tendis le cou pour voir de quoi il  pouvait bien s’agir. Je ne vis tout d’abord rien, jusqu’à ce qu’une tache dans le ciel se rapproche de plus en plus. Je n’en croyais pas mes yeux ! Un espèce de serpent avec des pattes et des ailes volait dans notre direction. Il semblait immense.

Quand il fut suffisamment proche, il ouvrit sa grande gueule, laissant échapper du feu. Rien que ça ! Du feu ! Celles qui étaient le plus en avant du rocher s’enflammèrent et sortirent en hurlant. Le monstre passa alors prêt du sol et récupéra l’une des filles entre ses grosses pattes griffues. Il vola plus loin, en prit une autre et s’éleva plus haut dans le ciel pour repartir. Je fixais toujours l’endroit où il venait de disparaître quand on vint nous faire sortir pour retourner au village.

Il en avait emporté deux, mais il y avait eu plus de mortes et quelques blessées. L’une s’était brûlée, une autre boitait… Nous rentrâmes donc cahin-caha. Peu avant la grande porte, les villageois s’étaient rassemblés de part et d’autre du chemin et nous regardaient. Certains paraissaient inquiets, en colères, d’autres pleuraient… On aurait dit une haie d’honneur qui nous était destinée. 

Une fois en sécurité, les blessées furent mises à l’écart pour être soignées. Mon amie Isabelle en faisait partie. Elle avait été légèrement brûlée et on lui appliquait de l’onguent pour la soulager.

Malgré cette fin d’après-midi riche en  émotion et la perte de nos camarades, il y avait une chose qui restait immuable : la traite. La fermière vint donc poser son tabouret prêt de la première de la rangée et commença son travail tandis que nous entreprenions de manger notre foin. Que voulez-vous, ainsi va la vie d’une vache !

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