Tír na nÓg

Perché sur un rocher, je regarde le lac en contrebas où s’amusent une dizaine de personnes, dont Galadriel. Même après un mois passé ici, j’ai toujours du mal à croire ce qui m’est arrivé. Mes yeux se portent sur la forêt alentour tandis que je repense à notre rencontre à Dublin. 

Il pleuvait des trombes d’eau et elle était recroquevillée au milieu d’une ruelle, à peine couverte par une fine robe. Elle était incroyablement petite et menue et j’avais d’abord cru qu’il s’agissait d’une enfant. Pour une raison que je ne m’expliquais toujours pas, au lieu d’appeler les pompiers ou la police je l’avais emmené chez moi.

Où j’avais découvert les drôles de tatouages dorés qui partaient de son cou, descendaient entre ses seins pour finir sur son ventre, ses oreilles pointues et ses yeux d’un bleu clair incroyable. Où après quelques jours passés principalement dans mon lit, elle avait fini par me révéler qu’elle était une elfe. Et qu’elle devait rentrer chez elle car tous les matériaux modernes, comme le béton, l’acier, l’affaiblissaient et qu’elle allait finir par mourir. Elle m’avait demandé si je voulais venir avec elle et j’avais dit oui. Alors que je ne la connaissais pas. 

Nous avions pris un bateau et elle m’avait bandé les yeux, si bien que je n’avais aucune idée d’où nous étions et comment nous y étions arrivé. Elle m’avait simplement expliqué que nous étions à Tír na nÓg, la terre de l’éternelle jeunesse. Que tant que je serais ici, je resterai jeune et beau, que je ne tomberai jamais malade, que je ne mourrai pas, que je ne connaîtrais ni la faim ni la soif et que tout n’était que joie.

Si j’étais dubitatif au départ, je dois bien avouer qu’elle avait raison, pour ce que j’ai pu en vérifier pour le moment. Je mange et bois uniquement par plaisir et quand j’en ai envie et je n’ai jamais été aussi heureux. 

Contrairement à ce que je pensais, les elfes m’ont très bien accueillis. Je ne suis d’ailleurs pas le seul humain à avoir découvert Tír na nÓg. J’en ai rencontré quelques-uns qui m’ont demandé comment notre monde avait évolué. Mais c’est de la simple curiosité, ils ne souhaitent en aucun cas y retourner. Ce qui ne serait de toute façon pas possible. Le temps ici est arrêté. Certains sont ici depuis tellement longtemps quand rentrant dans notre monde le temps les rattraperait et ils auraient le nombre d’années qu’ils avaient passé à Tír na nÓg. Donc ils mourraient.

Et puis qui voudrait quitter cet endroit ? Ici la nature est reine et respectée, tout comme les animaux qui y vivent et qu’il est interdit de tuer. Aucune forêt n’est rasée pour construire de ville. Il n’y a d’ailleurs pas de ville. Uniquement des petits villages disséminés un peu partout. 

— Liam.

La voix mélodieuse de Galadriel me sort de ma rêverie et je pose les yeux sur son visage aux traits fins et délicats. Comme tous les elfes ici, elle est magnifique. Ses longs cheveux blonds sont lâchés et lui tombent dans les yeux. Je replace une mèche derrière son oreille.

— Viens nous rejoindre.

Je regarde l’eau azur derrière elle et lui sourit avant de me lever. Je me penche pour l’embrasser et quand je m’écarte, ses yeux sont totalement bleus. J’ai remarqué que ça se produisait quand elle utilise sa magie ou qu’elle a des émotions fortes. Je suis toujours ravi de réussir à produire ce genre d’effet sur elle.

Nous nous donnons la main et sautons dans le vide. L’eau nous engloutis et nous en ressortons en riant aux éclats. Kementari, la sœur de Galadriel, nous rejoint en quelques brassées. Elles pourraient presque être jumelles tellement elles se ressemblent. Mais Kem est plus grande et moins menue que sa sœur. Ses cheveux sont aussi longs mais bleu foncé, et leurs yeux sont identiques. 

— Tu n’as pas trop le mal du pays ? 

Je ris.

— Je suis plus qu’heureux d’avoir quitté mon pays.

Pour être honnête, Galadriel m’a tiré d’une dépression. J’étais sous traitement et je n’en pouvais plus de mon boulot et de ma vie en général. Trop de stress et de travail, pas assez de reconnaissance… 

— Ce soir tu vas pouvoir assister à la cérémonie de la nouvelle lune.

Galadriel m’en avait déjà parlé. C’est une fête très importante qui se déroule en fin de mois, pour célébrer la fin de celui-ci et le début d’un autre. Il y avait également d’autres fêtes, toutes en relation avec la nature. L’une d’entre elles durait même toute une semaine. 

— Liam ! 

Ma petite elfe blonde vient de surgir devant moi et je la soulève dans mes bras, la faisant rire aux éclats. Quand je la ramène contre mon torse, elle me donne un long baiser passionné. Oui vraiment, qui voudrait quitter cet endroit qui ressemble au paradis ?

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